Greffe du visage : l’heure des premiers bilans

Dans les années 1990, des expériences de greffe de museau ont été menées sur des lapins, puis des rats, en France et aux États-Unis. Dans les années 2000, vient l’idée de recourir pour l’homme à un donneur, histologiquement compatible.
Les malades atteints d’un cancer touchant le visage, les victimes d’accidents de la route ou encore les personnes ayant fait une tentative de suicide par arme à feu peuvent être défigurés… En une décennie, 35 greffes du visage ont été réalisées dans le monde. Dix de ces opérations se sont déroulées en France. La première greffe partielle de visage a été opérée à Amiens en 2005 par les Professeurs Devauchelle et Dubernard.
Cinq ans plus tard, la première greffe totale incluant les paupières et le système lacrymal a eu lieu à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil en 2010 par l’équipe du Professeur Laurent Lantieri.
Sensations & mobilité
Au-delà de l’aspect humain retrouvé, toutes les fonctions associées peuvent également revenir. La greffe combine plusieurs éléments selon les cas, peau, tissus internes, os, dents, cartilage, langue, glandes lacrymales….
Déglutition, parole, mobilité du visage… Ces opérations d’envergure ont permis l’obtention d’un résultat fonctionnel. Avec une rééducation, la sensibilité est retrouvée dans les 3 mois en moyenne. La mobilité des muscles arrive dans les 6 à 8 mois. L’expressivité du visage reste encore difficile à reproduire.

Aspect éthique
Le questionnement éthique est au centre des préoccupations quant à la chirurgie du visage. Le greffon est prélevé sur un patient décédé, son périmètre correspond aux besoins du receveur.
La greffe du visage met en péril la survie du patient alors qu’il ne s’agit pas d’un besoin vital. Pour autant, les derniers succès démontrent une amélioration de la qualité de personnes gravement défigurées.
Le début d’une nouvelle vie
Qu’en est-il de l’aspect psychologique et identitaire lorsqu’on a un visage nouveau ?
La transplantation est une opération de grande envergure, tant sur le plan médical que psychologique, le visage ayant une charge symbolique puissante. La sélection psychologique des patients reste l’un des piliers de la procédure. Certaines décisions doivent être prises relativement vite avant une cicatrisation trop avancée. Ce fut le cas d’Isabelle Dinoire, jeune femme de 38 ans ayant été défigurée par les morsures de son chien alors qu’elle dormait sous somnifères. Aujourd’hui, elle se porte très bien selon son chirurgien, le Pr Devauchelle.
Un des premiers greffés du visage a décidé de sortir un livre pour témoigner de son expérience. Dans son ouvrage “T’as vu le monsieur ?”, Jérôme Hamon explique qu’il est parvenu à s’approprier ce visage qui appartenait à un homme de 63 ans.
L’opération de greffe du visage devrait toutefois rester exceptionnelle. Au-delà de l’aspect financier, une opération coûte en moyenne 220 000 euros, elle reste très complexe et les donneurs sont peu nombreux.
 
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